L’avenir leur appartient: Paolo étudie la médecine, Leon la sociologie et Leticia l’architecture. Ils sont jeunes et intelligents: seul l’argent leur manque. L'intrépide Paolo se rapproche d’une patiente, Rosalia, qui lutte seule contre sa leucémie. Les trois décident de l’aider et rendent visite à ses fils dans une favela de Rio. C’est la fin de leurs rêves: ils tombent dans un cercle vicieux de violence et de corruption. Un film de Jorge Durán (Brésil).

Une critique d'Amy Kieu-Mi Nguyen (Collège de Gambach) :
C'est bien là une fiction survoltée et déstabilisante. Paolo, Léon et Leticia sont trois jeunes gens ordinaires à première vue mais qui vont découvrir l'amour, la drogue et beaucoup d'autres choses à travers les évènements perturbants qu'ils vont devoir affronter sans pouvoir compter sur l'aide d'aucun adulte. Dans cette gigantesque ville qui se prénomme Rio, ils vont s'interroger sur le sens de la vérité et du rêve qui n'est parfois pas facile à admettre et à comprendre.
La luminosité, l'intensité, les ombres, les formes sont dissoutes d'une façon stylisée, laissant échapper quelques onces de l'âme des êtres humains.
Ce film est une leçon d'humanité pour tous les individualistes que nous sommes parfois...pour être moins indifférents envers ce qui nous entoure. Souvent, il ne suffit que de tendre une main, une seule pour venir en aide à notre prochain mais nous le faisons pas car nous sommes devenus aveugles de cette peine que subit le monde à cause du fait que notre emprunt de la passivité.
Charles Dickens a dit un jour, les plus jolies choses du monde ne sont que des ombres.
En conclusion, ce fut une merveilleuse et bouleversante leçon de vie...
Une critique d'Emilien Girard, Collège de Gambach
Ce film traite très bien le problème de la drogue au Brésil. Il est représenté et joué magnifiquement par les comédiens. La drogue fait partie intégrante de la vie de Paulo qui l’utilise pour oublier ses soucis et son stress, ainsi que pour se «shooter ». C’est sur ce fond que le réalisateur Jorge Duran a voulu démontrer ce problème vicieux très présent en Amérique du Sud. Nous voyons que, pendant la première partie du film, la drogue n’a que très peu de conséquences et d’incidences sur sa vie sociale et professionnelle. En revanche, au fur et à mesure que le film avance, la constatation est totalement autre. En effet, Paulo n’est plus le même, il perd ses moyens, ses amis s’inquiètent et le lui font remarquer. Chez Rosalina, par contre, la drogue ne fait pas le même effet. Cette vieille femme atteinte d’une leucémie, qui doit subir un traitement chimiothérapique long et dur, n’a pas la même image de la drogue. Elle est pour elle source de délivrance, comme Paulo d’ailleurs, mais n’a pas les mêmes conséquences sur sa vie. Le réalisateur du film a su montrer avec intelligence les usages différents de la drogue à travers ces deux portraits.
La critique de Lauren Meuwly (classe 2F1, Collège de Gambach) :
« Proibido proibir », film brésilien réalisé par Jorge Durán, est une œuvre basée sur des faits réels, se passant dans la ville de Rio, où trois étudiants se retrouvent confrontés à la misère des habitants vivant dans les « favelas ». L’histoire plutôt tragique, nous fait suivre le parcours physique, et surtout spirituel, qu’effectuent Leticia, Paolo et Léon. Une relation partagée entre amour et amitié se créée progressivement autour des trois personnages à mesure que les événements se poursuivent. Cet élément joliment introduit dans l'histoire, apporte à ce long métrage d'une dure réalité, une touche d'amour et de chaleur de laquelle nous êtres humains, ne pouvons nous séparer.
Mais il est à noter que les changements de scène étaient parfois brutaux et sans intérêt profond. La fin, elle, relate bien la situation actuelle au Brésil mais ne donne malheureusement aucun espoir aux spectateurs qui eux, ressortent des salles obscures, complètement abattus !
Je vous conseille donc de regarder au moins une fois, mais pas deux (un visionnage multiple risquerait d’entraîner une dépression !) ce film pour son côté informatif à propos des problèmes gravissimes qui se passent actuellement dans notre monde.
La critique de David Mauron (Classe 2F1, Collège de Gambach) :
Le scénario du film est plutôt moyen, il n’y a pas vraiment un bon début et une bonne fin. C’est juste un zoom d’un moment de leur vie. La narration prête parfois à confusion, on ne voit pas réellement ce que les personnages veulent ou vont faire. Le bon côté serait l’éclairage sur les problèmes de corruption, le réalisateur cherche à démontrer une réalité, même si celle-ci n’est pas des plus heureuses (ton dogmatique). Il n’y a des fois pas mieux que le cinéma pour nous rendre compte des problèmes aux antipodes. Les décors sont par ailleurs très beaux, comme la vue sur la mer, les montagnes vertement boisées ou encore la vie urbaine.
Du point de vue de l’interprétation, les personnages jouaient bien, mais ils avaient tendance à sur jouer ; cas typique dans la télévision sud-américaine, comme les telenovelas. On pourrait reprocher à l’histoire le triangle amoureux que l’on a déjà vu des centaines de fois dans des séries, films ou livres, comme « Dawson », « Sabrina », « Huis clos » (Sartre), « la petite tailleuse chinoise » (Dai Sijie) etc. Dans le film, les relations (souvent compliquées) à trois, comprennent une jeune fille, Leticia (étudiante en architecture) et deux garçons, Paolo (interne en médecine) et Leon (étudiant en sociologie).
Au début du film, Leon sort avec Leticia. En avançant dans l’histoire et à travers les péripéties pour sauver un jeune garçon de la corruption, Leon tombe lui aussi dans le filet des policiers pourris, pendant que Leticia et Paolo se rapprochent. Paolo aide aussi la mère mourante du garçon en essayant de faire venir son fils à l’hôpital, mais vu les problèmes que celui-ci encoure, il tombe lui aussi dans les griffes des policiers. A la fin, Leon découvre la relation de son meilleur ami et sa copine, mais il l’accepte à contrecœur et ceux-ci lui font comprendre qu’ils ne l’abandonneront toutefois pas. Ce sont ces sentiments là et cette forte amitié que j’ai bien appréciés dans ce film brésilien.

Jorge Duran (au centre), entouré par quelques élèves et un enseignant du Gymnase de la Broye, lundi 19 mars. Cinéma Apollo, Payerne (Photo Georges)
"Les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas différents de ceux des années 60. Ils ont aussi l'envie de changer les choses", a lancé le réalisateur Jorge Duran, devant les 180 élèves du Gymnase de la Broye qui ont assisté à la projection de "Proibido proibir", lundi 19 mars à Payerne.
Jorge Duran a évoqué son parcours : après le coup d'Etat au Chili, au début des années 1970, il est brièvement emprisonné ("mais pas torturé"). On lui fait comprendre que son intérêt pour la gauche radicale n'est pas d'actualité. Il gagne le Brésil, où il rejoint sa femme et sa petite fille. Il se fait un nom comme scénariste : "Pixote, la loi du plus faible" (1981), c'est lui! Duran a mis 20 ans à réunir les fonds pour réaliser "Proibido proibir". Finalement, il a trouvé 350.000 dollars, en grande partie grâce au premier prix d'un concours de scénarios. Il a tourné le film en 5 semaines à Rio, par 40 degrés. Les techniciens ont tous accepté de baisser leurs salaires. Le casting comprend des acteurs connus (l'étudiant noir avait déjà joué dans "La Cité de Dieu").
"Le Brésil est une société fortement divisée. Une infime minorité possède des fortunes immenses. Une petite classe moyenne a de quoi mener une vie correcte. Et l'immense majorité vit dans la précarité ou la misère", dit Duran, qui attend avec anxiété la sortie du film au Brésil, le 27 avril prochain. Non, répond-il à la question d'un élève, il n'a pas subi de pressions pour atténuer la violence et la corruption policière, une réalité endémique selon lui. "Si un gosse de la classe moyenne est tué quelque part, cela fait un scandale dans les médias. Si 8 ou 10 jeunes des favelas sont assassinés en une journée, personne n'en saura jamais rien".
Par le final, Duran a voulu montrer une chose limpide : "Séparés les uns des autres, les jeunes sont désemparés. Unis et solidaires, c'est une autre histoire". Le décor choisi (une plateforme panoramique de béton, majestueuse et délabrée) ne l'a pas été par hasard : "C'est pour moi un symbole assez fort de ce qu'est le Brésil".
Christian Georges
De retour au Brésil, Jorge Durán a envoyé le message suivant aux organisateurs de Planète Cinéma : "Je n'ai pas eu l'occasion de dire au revoir aux merveilleux amis qui font ce festival.
J'espère que le travail que vous faites avec les étudiants autour du cinéma progresse et grandit chaque année.
Pour moi, c'était merveilleux d'entendre ces jeunes exprimer un sincère intérêt, non seulement pour le film qu'ils avaient vu, mais aussi pour le monde dans lequel ils vivent.
Cette expérience m'a fait comprendre un peu mieux ma profession et les raisons pour lesquelles j'ai choisi d'être scénariste et - quand c'est possible - metteur en scène".
Sous le titre "Interdit d'interdire", le film de Jorge Duran est sorti en France le 10 octobre 2007. Voici la critique qu'en fait Télérama :
Histoire de trois amis. Leon, Leticia et Paolo sont en fac à Rio de Janeiro. Sociologie, architecture, médecine, chacun a sa spécialité, et la vie s'écoule, une vie d'étudiants, joyeuse et ordinaire. On révise, on picole, on refait le monde... Paolo, le carabin fêtard et désinvolte, s'éprend peu à peu malgré lui de Leticia, qui couche avec Leon. Mais le triangle amoureux, si finement décrit soit-il, n'est pas le centre de ce film très attachant.
A travers ses doux héros, liés par un indéfinissable mais solide amour, le réalisateur, Jorge Durán (le coscénariste de Pixote, La loi du plus faible, de Hector Babenco), raconte Rio et ses clivages sociaux. Paolo, qui s'est attaché à l'une des patientes de l'hôpital où il fait ses classes, entraîne en effet ses amis dans un éprouvant voyage au coeur de la misère violente des favelas, à la recherche de la famille de cette femme.
Tout, ici, sonne juste : l'énergie, la bonne volonté, l'impuissance et la naïveté de ces jeunes bourgeois, en terre inconnue dans leur propre ville. Peu à peu, sans démontrer ni juger, le film dessine une carte profondément mélancolique des inégalités. L'espoir n'est pas absent, juste figé dans une attente pensive, suspendue, comme ces bâtiments de béton superbement filmés, promesses de progrès oubliées dans les herbes folles.
Cécile Mury
Télérama, samedi 13 octobre 2007