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Planète Cinéma

Flower in the Pocket

Li Ahh et Li Ohm ont grandi sans mère et vivent avec leur père Sui, un bourreau de travail qui répare des mannequins de magasins. Les deux frères, livrés à eux-mêmes, errent dans les rues et adoptent un chien abandonné comme eux. Lorsqu’on leur fait comprendre que le chien dérange, ils sont profondément tristes. Sui réalise alors qu’il aime ses fils et veut les aider.

Un film de Liew Seng Tat  (Malaisie) 2007

"J'ai mis "excellent" sur la feuille pour ce film parce que j'ai bien aimé la vie que mènent ces deux petits enfants qui se débrouillent tout seuls, que leur père travaille toute la journée comme beaucoup de parents. Il y avait beaucoup de tendresse dans ce film avec des petites choses, j'ai trouvé marrant comment ils ont gardé leurs habits dans le lit pour se lever un peu plus tard (j'ai aussi fait ça une fois), je trouvait chou qu'ils cuisinaient aussi pour leur papa et comme nous les spectateurs on a vu que lui le met à la poubelle parce que c'était degeulas. J'ai aussi aimé le happyend, quand le papa leur a appris à nager pour les amener à la mère."

Milène Duffour, 12 ans


He Fengming (Fengming, chronique d'une femme chinoise)

Projeté en compétition à Fribourg, le nouveau film de Wang Bing ("A l'ouest des rails") rend justice aux Chinois révolutionnaires broyés par le système qu'ils voulaient servir.

D'abord, on se dit qu'on ne tiendra jamais la distance, même en spectateur cinéphile chevronné. On sait que le film dure plus de trois heures. C'est en plan fixe. Une femme assise dans un fauteuil se lance dans un long monologue, alors que la pénombre s'installe dans son appartement. La voix est monocorde.

Mais on s'accroche, car ce que He Fengming raconte n'a rien d'anodin. Elle raconte son choix d'adolescente, en 1949. Admise à l'université (à 17 ans), elle renonce aux études pour entrer dans un quotidien révolutionnaire. Elle donne le meilleur d'elle-même, avec son mari journaliste. Tous deux sont persuadés que la Chine progresse et va progresser grâce à la Révolution. Pendant plus de sept ans, le travail du couple ne lui vaut que des éloges. Puis le vent tourne. Le Parti a décidé de lancer une campagne contre les "droitistes". L'hystérie frappe au hasard. Le mari de Fengming est accusé de fomenter un complot contre l'Etat, en meneur d'une "clique noire". Lors de "séances de lutte", des dizaines de personnes lui hurlent leur haine et le somment de confesser son crime. Il vacille mais résiste. On les envoie en camp. Elle se ruine la vue avec un travail de bureau. Il se vide de ses forces au gré des rations trop maigres. En 1961, He Fengming est libérée et court au secours de son époux. Trop tard! Il est mort et enterré dans un espace incertain.

La veuve reprend son activité au journal, mais la persécution reprend en 1969. C'est la Révolution culturelle! On l'envoie vivre dans la ville natale de son père, où elle ne connaît personne. Avec ses camarades d'infortune, elle survit en volant un peu de farine au moulin collectif. Plus tard, le Parti confessera être allé trop loin et réhabilitera plus de 500.000 personnes comme He Fengming. Mais comment rendre justice à tout ceux qui ont perdu leurs conjoints, leurs fils, leur santé, leur vie d'hommes et de femmes libres ?

Comment ? Par le cinéma, affirme Wang Bing. En enregistrant le témoignage de cette septuagénaire, il fait oeuvre de mémoire. Il enregistre le récit détaillé des souffrances endurées, avant que ce ne soit trop tard. Avant que l'Histoire recouvre tout de son manteau de généralisations trompeuses. Le récit singulier de Fengming est peut-être pénible par instants, mais il est nécessaire, comme sont nécessaires les témoignages des rescapés de la Shoah. Il fait contre-poids à ces séances d'autocritique délirantes, où les convaincus de la première heure devaient confesser des crimes imaginaires. L'antidote au lynchage public ? L'écoute respectueuse, face-à-face. Un dispositif cinématographique qui n'a sans doute rien de spectaculaire, mais qui rend justice.

Christian Georges